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Quand le mot « coach » devient trop facile

  • slejeunefc
  • il y a 2 jours
  • 5 min de lecture

Un coach ne déboule pas dans la vie des autres comme un éléphant. Il avance à leurs côtés, avec justesse.

Un coach ne déboule pas dans la vie des autres comme un éléphant. Il avance à leurs côtés, avec justesse.
Un coach ne déboule pas dans la vie des autres comme un éléphant. Il avance à leurs côtés, avec justesse.

Un mot que je ne me suis pas attribué seule

Ces derniers temps, j’entends le mot coach partout.

Il suffit parfois qu’une personne aide, valorise, inspire, redonne confiance, provoque un déclic ou fasse du bien pour que, très vite, le mot arrive. Comme s’il allait de soi. Comme s’il suffisait d’avoir un effet positif sur quelqu’un pour exercer le métier de coach.

Je ne le crois pas.

Et si j’écris cela aujourd’hui, ce n’est pas par esprit de fermeture. C’est au contraire par respect pour les personnes accompagnées, et par respect pour un métier qui mérite mieux que d’être transformé en étiquette commode.

Ce qui est assez intéressant dans mon parcours, c’est que je ne me suis pas levée un matin en décidant de me présenter comme coach. Ce mot ne m’est pas venu comme une envie de titre, ni comme une manière de mieux me vendre. Il m’a été renvoyé de l’extérieur.

Pendant ma formation de formatrice, au fil de plusieurs stages, différents formateurs que j’accompagnais, et qui me laissaient parfois animer à leur place, m’ont fait remarquer que j’avais souvent, dans ma façon d’être avec les stagiaires, une posture de coach. Ce retour est revenu plusieurs fois. Pas comme un compliment superficiel, mais comme l’observation d’une manière d’accompagner : dans l’écoute, dans le questionnement, dans la mise en mouvement, dans le respect de la personne.

J’aurais pu m’en contenter. Reprendre le mot. L’adopter facilement.

Je ne l’ai pas fait.

Aller voir ce qu’il y avait derrière le mot

Au contraire, parce que ce mot revenait, j’ai estimé que je devais aller voir ce qu’il y avait vraiment derrière. Ce qu’était ce métier. Ce qu’il engageait. Ce qu’il exigeait. Ce qu’il autorisait, et ce qu’il n’autorisait pas.

Je me suis donc formée. Sérieusement. Durement. Dans une école avec admission à niveau licence, pour suivre un parcours intensif d’un an menant à une certification de niveau Master 2.

Je ne dis pas cela pour brandir un diplôme comme un étendard. Je le dis parce qu’aujourd’hui encore, j’entends trop souvent parler du coaching comme d’une activité que l’on pourrait presque s’attribuer soi-même à partir du moment où l’on aime les gens, où l’on a de l’intuition, où l’on sait écouter, ou où l’on obtient des effets positifs chez les autres.

Or, non. Cela ne suffit pas.

Faire du bien n’est pas un métier.

Accompagner sérieusement, si.

Tout accompagnement n’est pas du coaching

Le coaching n’est pas un mot décoratif. Ce n’est pas un supplément d’âme. Ce n’est pas une façon moderne de dire qu’on soutient, qu’on encourage ou qu’on révèle. Le coaching est une pratique exigeante, avec une posture, un cadre, une éthique, des responsabilités, des limites. Il demande un vrai travail sur soi, une compréhension de la relation, une capacité à questionner sans envahir, à faire avancer sans imposer, à soutenir sans rendre dépendant.

On peut être un excellent accompagnant sans être coach.

On peut être inspirant, aidant, stimulant, révélateur, déclencheur même, sans exercer le métier de coach.

Et il n’y a là rien de méprisant. Au contraire. Il y a une nécessité de clarté.

Aujourd’hui, beaucoup de personnes s’improvisent coach parce que leur pratique produit quelque chose de positif chez les autres. Certaines redonnent de l’élan. D’autres rassurent, valorisent, stimulent ou permettent de vraies prises de conscience. Un entraîneur sportif peut pousser à se dépasser. Un mentor peut éclairer un chemin. Un accompagnant peut soutenir un passage délicat. Une personne inspirante peut provoquer un déclic. Tout cela a de la valeur. Tout cela peut être puissant. Mais tout cela ne relève pas nécessairement du métier de coach.

Ce n’est pas rabaisser ces pratiques que de le dire. C’est simplement refuser de tout confondre.

Un métier ne s’improvise pas

On ne s’improvise pas coach, pas plus qu’on ne s’improvise boulanger, policier, agriculteur, trader, chauffeur poids lourd ou artisan. Dans tous les métiers, il y a des compétences, des apprentissages, des techniques, un cadre, une responsabilité. Pourquoi le coaching devrait-il être un métier que l’on pourrait exercer au simple motif que l’on “aide bien” ?

Cette banalisation du mot me gêne, parce qu’elle finit par brouiller l’image du métier. À force d’appeler coaching toute forme de soutien, on finit par vider le coaching de sa substance. On entretient une confusion entre présence relationnelle, animation, influence, conseil, mentorat, développement personnel, voire simple valorisation de l’autre.

Or, le coaching n’est pas cela. Ou en tout cas, pas seulement cela, et certainement pas réduit à cela.

Le coach n’est pas là pour pousser plus fort

Le coach n’est pas celui qui prend la main sur la vie de l’autre. Il n’est pas celui qui sait à sa place. Il n’est pas celui qui pousse plus fort, secoue davantage, stimule jusqu’à la rupture et s’enorgueillit d’avoir « cassé les blocages ». Cette image du coach éléphant qui appuie, booste, pousse, est à mes yeux une image dépassée, presque caricaturale, du métier. Elle a pu exister dans certains imaginaires, elle existe encore dans certaines mises en scène, mais elle ne correspond pas à ce que j’ai appris, ni à ce que je pratique.

Oui, un coach peut parfois bousculer un peu. Bien sûr. Il peut pointer un évitement, mettre en lumière une contradiction, inviter à sortir d’un confort devenu stérile. Mais il le fait dans un cadre de respect, de sécurité, de discernement. Il ne confond pas intensité et justesse. Il ne sacrifie pas la personne au résultat. Il ne remplace pas le rythme de l’autre par son propre tempo.

Pourquoi je n’ai pas reconnu mon métier dans Gourou

C’est d’ailleurs ce qui m’a frappée en regardant le film Gourou.

Je comprends très bien ce qu’il peut réveiller. Je comprends aussi qu’il puisse nourrir la méfiance vis-à-vis du coaching. Mais en le regardant, je n’ai pas reconnu mon métier.

J’y ai vu autre chose.

J’y ai vu une figure d’influence. Un accompagnant de masse. Un catalyseur émotionnel. Un homme qui déclenche, qui impressionne, qui entraîne, qui capte quelque chose du désir, du manque, de la fragilité ou de la quête de sens des autres. Peut-être un booster. Peut-être un meneur. Peut-être un révélateur pour certains. Mais pas, selon moi, un coach au sens où je l’entends.

Je n’y ai pas reconnu la bienveillance du coaching. Ni son respect du rythme de chacun. Ni sa sobriété. Ni sa déontologie. Ni cette juste place qui consiste à accompagner sans prendre le pouvoir.

Défendre le métier, c’est défendre la justesse

C’est précisément pour cela que je crois important, aujourd’hui, de défendre ce métier.

Non pas pour réserver un mot à quelques-uns. Non pas pour exclure celles et ceux qui accompagnent autrement. Non pas pour nier la valeur d’autres pratiques. Mais pour rappeler qu’un métier de l’humain mérite, lui aussi, de la rigueur.

On peut avoir une spécialité, une couleur, une sensibilité, un domaine de prédilection. Bien sûr. Mais ce qui fait le coach, au fond, ce n’est pas d’abord son thème. C’est sa capacité à accompagner une personne dans son propre cheminement, avec méthode, avec éthique, avec discernement, et avec un profond respect de sa liberté.

Protéger l’image du coaching n’est pas une affaire d’orgueil professionnel.

C’est une affaire de justesse.

Et peut-être aussi, simplement, de responsabilité.

Je suis Sandrine Lejeune, j'exerce plusieurs métiers d'accompagnement, dont celui de coach. Et je l'exerce avec beaucoup de respect pour cette discipline.


 
 
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